Le 21ème siècle est une ère où les nouvelles technologies ne cessent de se développer, entraînant une omniprésence des données : elles interviennent aussi bien dans les domaines de la santé, du transport, que ceux de l’énergie, ou encore, du sport.

En effet, alors que 2018 est marqué par deux évènements sportifs majeurs, les Jeux Olympiques d’Hiver et la Coupe du monde de Football, il est intéressant de se pencher sur la place du Big Data dans le sport et d’analyser l’importance des statistiques dans ce milieu, révolutionné depuis leur utilisation.

Le Stratège , film réalisé par Bennett Miller, est un bel exemple d’application des statistiques dans le sport. On y voit un entraîneur d’une équipe de baseball avec peu de moyens financiers, contraint de faire appel à un statisticien afin d’optimiser son budget pour recruter l’équipe la plus compétitive possible. Bien que ce film ne soit aucunement tiré d’une histoire réelle, il faut savoir qu’aujourd’hui, de nombreuses équipes professionnelles font appel aux statistiques pour améliorer leurs résultats :

En 2006, les Houston Rockets (franchise de basket-ball en NBA) ont recruté Daryl Morey comme directeur général de l’équipe. Daryl Morey n’était alors qu’un diplomé en informatique, spécialisé en statistiques et n’avait bien sûr jamais entraîné une équipe de basket-ball auparavant. Et pourtant, il a révolutionné ce sport en faisant appel au data mining* pour analyser les performances de ses adversaires et adapter sa stratégie sportive (en considérant l’importance des shoots à 3 points par exemple). Effectivement, l’aide des statistiques s’avéra plus que payante pour les Rockets : depuis 2006, ils n’ont échoué que trois fois à se qualifier en play-offs.

L’analyse des données permet aux équipes de surveiller les performances de leurs joueurs au cours des entraînements, mais également au cours des matchs. Le « Smart sensing » est une technologie qui consiste à intégrer des micro boîtiers électroniques dans les maillots des joueurs afin que le staff puisse analyser en direct diverses données (rythme cardiaque, distance parcourue, vitesse, position moyenne sur le terrain). Ces données permettent ensuite d’adapter, voire de changer de stratégie en cours de match. Cette technologie permet également aux entraîneurs d’optimiser leurs sessions d'entraînement. Toutefois, elle nécessite le recrutement de spécialistes statisticiens capables d’analyser et d’exploiter toutes ces données. Ainsi de nos jours, de nombreux clubs et franchises de sport engagent des experts du Big Data dans leurs rangs : notamment, beaucoup de clubs de rugby et de football dans les championnats majeurs d’Europe ont des statisticiens qui travaillent en collaboration avec le staff (ex : le DFCO, club de football de Dijon ; les Tigres de Leicester, le club de la ligue professionnelle de rugby anglaise, etc.).

On retrouve également l’usage des statistiques dans le sport amateur. Les technologies connectées rencontrent de plus en plus de succès. Par exemple, les coureurs utilisent des montres connectées afin de recueillir toutes les données sur leurs courses du jour (distance, temps, vitesse moyenne, vitesse instantanée). Ils peuvent alors se fixer de nouveaux objectifs : leurs performances sont illustrées concrètement de manière quantitative et les motivent donc davantage à s’améliorer. De plus, les coureurs peuvent mettre en ligne leurs résultats et les partager avec d’autres joggers, faisant alors de la course à pied non plus un sport individuel mais bien un sport collectif !

Cependant, l’apport des statistiques dans le sport a des limites. En effet, le sport se caractérise par son aspect physique d’une part, mais également par son aspect mental. Aujourd’hui, les statistiques ne peuvent qu’améliorer ce côté physique propre à la pratique sportive. L’aspect mental est propre à chaque sportif et ne peut être quantifié. On a déjà pu observer ces limites lors de nombreux événements sportifs : par exemple, lors du Tournoi des VI nations 2014 (Rugby), alors que l’Angleterre menait face à la France, l'entraîneur Anglais Stuart Lancaster décide de remplacer Danny Care, qui semblait pourtant être le meilleur joueur anglais de la rencontre et le plus inspiré. En fait, ce sont les analyses statistiques sur la condition physique du joueur qui ont poussé son staff à le remplacer : sa vitesse de course diminuait et son rythme cardiaque ne baissait plus lors des phases de récupération. Suite à sa sortie, l’Angleterre n’a plus jamais montré le même visage et la même envie de gagner durant le match. C’est finalement la France qui l’emporta, face à une Angleterre méconnaissable suite à la sortie de son leader technique.

Finalement, il est indéniable qu’aujourd’hui, le Big Data constitue une révolution dans le sport : en effet, cela permet aux entraîneurs d’optimiser leurs entraînements, de constituer la meilleure équipe possible et de diminuer le risque de blessures des joueurs. Cependant, on a l’habitude de dire que « le sport se joue dans la tête », et c’est bien pour cela que les statistiques ont leurs limites. En sport, l’aspect psychologique est aussi important que l’aspect physique, mais il ne peut pas être amélioré par les sciences : aucune analyse statistique ne peut aider un tennisman à renverser un match ou encore un cycliste à se dépasser dans les derniers kilomètres d’une course. En effet, seules la motivation et l’envie propres à une personne et à un instant donné poussent à réaliser des exploits. C’est le dépassement de soi qui fait la beauté du sport.

*Le Data Mining est le procédé permettant de trouver des corrélations ou des patterns entre de nombreuses bases de données relationnelles.